Georges Faget-Bénard
Peintre graphiste




Patrick Abrial

Ma première expo a lieu le 10 juin, rue Budé, dans l'Ile Saint Louis. J'y expose mes dessins et ai la surprise d'un excellent accueil. Pratiquement tout y est vendu. Claudine est en chasse d'un comédien-chanteur pour sa nouvelle comédie musicale, qui va s'appeler : Soleil.

Patrick correspond très exactement à ce qu'elle aime : un balaise fort en gueule coucouné dans un affectif maousse. Elle le cherchait pour incarner le Soleil, mais elle le veut immédiatement. C'est décidé, on remonte "Ove", ultime mouture de "Full-up" puisqu'il n'y a pas de programmation prévue au Vrai Chic Parisien délaissé pour le moment par la "bande à Bouteille". Il ne reste que Coluche que je prends pour l'homme de service. Mais à l'époque, il n'était pas ce qu'il est devenu. Il était plutôt effacé. Le temps de constituer un nouveau casting autour des anciens - c'est à dire Mitzi et moi -, le temps de tricoter les costumes et de répèter les nouvelles chansons de Mirouze et hop, revoilà la bande d'extra-terrestres face au public.(Juillet, Aout, septembre)
Le contact avec Patrick est immédiat. C'est un amoureux-né. Il charmerait les pierres. Il ne le fait pas tout à fait exprès. Il est chaleureux, attentif, pas mal foutu. Il a une belle voix. Son seul défaut est qu'une fois qu'il est parti à chanter, on ne peut plus l'arrèter. Il oublie tout. Il part dans la note et s'allonge dans la mélodie.
Comme Mitzi, elle, au contraire, continue d'ignorer l'alentour de sa voix, nous avons parfois des résultats étranges, assez extra-terrestres, en effet.


Tous les soirs, après le spectacle, nous retournons à Garancières, chez Patrick et Michka, dans une ferme réaménagée en studio, en pleine campagne où nous vivons tous ensemble. Outre qu'on peut y mettre la musique à fond ( surtout Shawn Philips), on y fume des pétards gros comme nous. C'est tout de même 1973. On ne peux pas ignorer cela.
Michla est une belle et longue crature blonde aux ongles laqués de noir, style "famille Addams". Le couple est étonnant, très seventies. Leur fils Thibault est un enfant admirable (Il a six ans ?) qui compose seul son petit déjeuner, prépare ses affaires et s'en va à l'école chaque matin pendant que la maison dort. Il va devenir le guitariste que l'on sait (Johnny Halliday, Michel Berger) : super groove.

http://www.myspace.com/thibaultabrialbotiench

Notre accord vocal fonctionne très bien. En scène, nous nous défonçons encore assez bien, mais nos goûts diffèrent. Patrick est plus "métal" que moi, qui suis plutôt du genre Michel Berger. Et c'est en quelque sorte mon problème. Chaque fois qu'on m'enregistre, on dirait quelqu'un d'autre : Michel Fugain, Gérard Manset, Michel Berger ou Alain Chamfort parfois même Patrick Juvet. Impossible d'y échapper. Je suis mortellement de mon époque.
Par contre, du point de vue des textes, c'est plutôt sarcastique. "Yaka s'vendre", ou "Qu'est-ce qu'ils ont donc tous à se foutre sur la gueule ?" Pas certain que ça plaise. L'après midi, nous écrivons ensemble et nous finissons par avoir un projet possible qui, quelques temps plus tard, trouve un producteur.
L'enregistrement du disque va se chevaucher avec le tournage d'une dramatique télé "Un bon patriote" par Gérard Vergez. J'y interprète une dizaine de personnages sous des déguisements différents, dont la comtesse des noces de Figaro pour tâter du haute-contre.

Un bon patriote

Puis nous retournons en studio. A l'origine, pour les raisons expliquée plus haut, je ne tiens pas à chanter mais le chanteur mort de trac rote à qui mieux mieux dans le micro et il me faut finalement le remplacer.

Mi-novembre on me montre le contrat que je dois signer et cela se révèle impossible. Le producteur veut co-signer, il peut me réveiller à n'importe quelle heure, me trainer en tournée à son gré. je me dis que je n'ai pas traversé tout ça pour m'enchainer et je refuse.
Ce qui fait qu'en décembre 73, le compteur est remis à zéro et je prépare donc la prochaine expo prévue pour avril, dans le Marais, rue Ste-Croix-de-la-Bretonnerie.