Georges Faget-Bénard
Peintre graphiste

et l'univers fut

 

 

 

 

Il y a un paradoxe dans l'éducation.
Certes, elle est indispensable. En tous cas, elle simplifie la vie quotidienne. Mais en dehors de son aspect éminemment pratique, elle peut s'assimiler à un lavage de cerveau. Du point de vue des conceptions du monde, elle se comporte comme un rouleau compresseur. Qu'elle soit religieuse ou laïque, elle procède par affirmations écrasantes, par dogmes prétendus irréfutables. On doit, qu'on le veuille ou non, admettre la vérité ambiante comme étant la seule. Je vois bien qu'il en est partout de même, sous tous les cieux et dans toutes les cultures. La chose doit faire partie de la nature humaine ( ou en tous cas des lois des espèces). Il lui faut obligatoirement une unité qui devient aussitôt une uniformité. Malheur à celui qui pense par lui-même en dehors des rails de l'admissible. Une colombe verte ne saurait survivre.

Je crois avoir eu une chance inouïe d'avoir échappé, probablement par incapacité, à cette culture nivelante, qui tient pour acquis un "big bang" duquel on se fiche comme de l'an mille et des théories de compétition à la Darwin jusqu'au jour où on admettra que si cela est possible pour une espèce, elle n'a rien à voir avec la vie individuelle d'une personne. Mais bon. Je ne suis pas né pour rentabiliser mon existence. Mon but n'est donc pas d'en faire un profit, mais de tenter de comprendre dans quel monde je suis. On avouera que l'entreprise est de taille quand on n'est d'aucun parti, avec aucune envie particulière d'une vision particulière : juste voir par soi-même, sans conclusion hâtive, sans solution miracle, sans parole divine, mais sans exclure quoi que ce soit.

Ainsi, de 1969 à 1999, pendant qu'on croit que je ne fais rien, je passe des jours et des semaines à lire et à constituer un plan chronologique des civilisations. Certes, j'aurais pu l'apprendre à l'école. Mais alors, la chose ne correspondait à aucun besoin. Là, j'ai la nécessité de visionner des choses qui me paraissent essentielles : Les civilisations, et les conceptions du monde qui en découlent, sont mortelles. Donc relatives.
Secondement, elles ne sont pas obligatoirement le fruit d'une débilité ambiante qui, subitement deviendrait intelligente parce qu'on est au 21e siècle. Ce qui, en passant, ne signifie strictement rien. Chaque époque à sa propre intelligence et par conséquent sa propre connerie. Reste à savoir où se trouve l'une et l'autre.

Dès le départ, je suis relativement hostile à utiliser l'astrologie à des fins commerciales, mais comme je n'arrive pas à me taire sur ce sujet qui me passionne, la chose commence à se savoir et je finis presque toujours mes soirées d'invité par une consultation. A la réflexion, c'est plutôt intéressant. Je peux confronter la théorie et la pratique, tout en notant ce qui est étranger à cette discipline. L'astrologie n'est absolument rien d'autre qu'une technique de déduction analogique. C'est à dire logique. Une cause amène une conséquence. La cause n'est pas une planète. La vraie cause est le comportement de la personne. Une fois ce comportement admis et reconnu comme éventuellement fautif, la solution est facile à trouver. Mais encore faut-il que le consultant veuille bien voir les choses en face, ou qu'il le peuve. Il faut des trésors d'invention pour l'amener à comprendre . Certaines fois, il n'y a rien à faire. La belle-fille est une salope qui influence le fils et on veut savoir quand elle va mourir (Je n'ai pas choisi le pire). La "clientèle du magique" est très spéciale. Elle suppose que quelque chose d'extérieur à soi agit contre soi et qu'on peut donc faire intervenir un élément extérieur pour l'amener à soi.

Je n'ai jamais cru et ne crois toujours pas à un déterminisme astral. Je ne crois pas non plus au déterminisme génétique. Du moins j'y crois pour les plantes, pour les espèces, pour l'animal en nous. Mais je crédite l'humain, à condition d'une certaine conscience de sa spiritualité, d'une réelle capacité à agir sur son milieu. Soi-même étant considéré comme un autre terrain à connaître et à modifier. Et même si parfois on peut en douter, je crédite l'humanité de la faculté d'évoluer, d'utiliser ses données de départ pour en faire autre chose. Je ne parle pas de l'invention de l'électricité, mais d'une véritable évolution : celle qui consiste à voir par l'esprit plutôt que par les yeux. Bien entendu, il faut que cela soit volontaire. On n'a jamais vu un fleuve remonter les pentes d'une montagne par hasard. Il faut donc que cela corresponde à un besoin et à une volonté de se mettre en marche. Ce n'est pas l'espèce qui évolue - elle n'en a pas besoin - mais l'esprit de l'Homme.
Je crois qu'un des problèmes majeur de ce monde, que j'ai finalement pas mal observé au cours de ce voyage, est qu'il prend le bas pour une norme. La norme pour l'humain n'est pas d'être semblable a une vache, qui ne peut influer sur son milieu qu'en bousant dessus, mais la capacité de se surmonter et de comprendre de quoi l'on parle lorsqu'on dit "Moi". Qui donc est celui qui dit "moi", en nous ? Le foie ? Les reins ? Le corps ? Le sexe ?
Tout dépend à quoi l'on est identifié, puisque l'Homme vit dans ce qu'il croit. Et ce, depuis le début.


"Je suis celui qui est"

C'est ce que l'étude et la comparaison des civilisations m'a appris : l'Homme vit dans ce qu'il croit. Et même lorsqu'il ne croit en rien, il croit encore, "en rien". Croire est une nécessité vitale sans laquelle on ne peut survivre.

Enfant, la conception Marxiste et matérialiste de mon père m'étonnait, parfois même me choquait. Pour lui, l'esprit et l'intelligence sont une sorte d'excrétion du corps, produits par le corps, par la magie de la moulinette de l'évolution. Je n'avais pas les moyens d'argumenter mais je ne voyais pas comment une voiture pourrait créer son conducteur, même en dix mille ans.
Plus tard, j'ai compris que, comme ses camarades, il faisait un amalgame destiné à réfuter l'Église et que sa vision du monde n'était que politique, disons sinon réactionnaire, en réaction contre l'idéologie dominante, religieuse. Sur laquelle, évidemment, il y aurait beaucoup à dire. Comme sur le reste.

D'un autre côté, le peu que je savais de la religion, par mes grands parents pratiquants, ne m'avait pas convaincu non plus. Non seulement je ne comprenais rien, mais toute l'histoire ne me paraissait pas indispensable. Pas besoin de réfléchir beaucoup pour constater que "Dieu" brille par son absence. Il avait fait pas mal défaut quelques années plus tôt, entre 1939 et 1945. Je veux dire par là que telle que cette histoire m'a été racontée, je la trouvais sans intérêt. Heureusement, j'y suis revenu. Avec un grain de sel.

L'unique solution me parut tenir en : "va vivre", va apprendre, écoute, lis, renseigne toi, visite ce monde, vois comme il est différent ici et là. Après cela, tu pourras peut-être avoir une opinion, si toutefois cela est nécessaire.
Le fait est que, réfractaire par instinct ou par atavisme à la normalisation, j'ai eu très tôt une vision assez personnelle du monde. J'ai trouvé que la plupart des explications qu'on nous donne servent à détourner le problème plutôt que d'y répondre. Et que cela tombe bien puisque la majorité des gens ne tiennent pas à l'entendre.

On comprend donc que l'astrologie ne m'a pas parue plus ou moins incroyable que le reste.
Des milliards de personnes, et non des moindres, croient qu'une vierge a eu un enfant. Et que cet enfant est en quelque sorte le père de sa mère puisqu'il est le créateur de tout. Sainte Marie mère de Dieu, dès lors, pourquoi pas l'influence des astres ? Cela me parait même plus probable, étant donné que nous faisons partie du système solaire au même titre que lesdites planètes.

Le hasard faisant bien les choses, je suis tombé tout de suite sur le pire des astrologues, à mon avis: Georges Muchery.
Soyons justes. Georges Muchery n'est pas un monstre. Il est représentatif de ce que l'astrologie devient lorsqu'elle s'adresse au "gros public", trimballant avec elle, comme une nuée de casseroles, toute la chienlit moraliste encombrée de "grand maléfique" et de "bénéfique" lorsqu'elle prend en compte les préoccupations les plus imbéciles de ses clients. Mais qu'à cela ne tienne. Ce n'est pas parce que le pianiste est mauvais que le piano est à jeter.
J'ai cru percevoir derrière cette gangue toujours actuelle ( puisqu'elle est voulue par l'entendement du public ) qu'on parlait de principes et non de planètes. D'autre part, la relation avec la Mythologie grecque et Romaine me parut des plus intéressante, faisant de l'astrologie non pas une astronomie divinatoire, mais un instrument culturel. Un langage en soi. Les réfutations scientifiques contre l'astrologie sont aussi idiotes que les croyances d'un déterminisme astral.
Je compris tout d'abord (parce que c'est évident) que les fameux "Signes", n'ont rien à voir avec les constellations . Celles-ci, situées derrière les planètes sont de simples points de repères. Qu'ils ne soient plus à la même place aujourd'hui n'a strictement aucune importance. Change la borne, tu ne changes pas la route. Par contre ils ont tout à voir avec le cycle des saisons sur la terre.
Ainsi le Bélier n'est-t il pas lié à la constellation du même nom, mais avec la période du début du printemps, quand les forces de la nature sont au maximum de leur intensité contre l'obstacle de l'hiver.
Il est facile de comprendre que les prétendues qualités des Signes sont en fait celles de la nature et de l'activité humaine par rapport à cette nature. La Signe de la Balance symbolise aussi bien l'équinoxe d'automne que la fin des moissons et du remplissage des granges (La Vierge). Le travail accompli, on peut s'adonner aux fêtes et à l'existence sociale avant que ne viennent mauvais temps et pourrissement des feuilles (Le Scorpion).

Ce qui signifie en outre que l'astrologie de l'Occident n'est valable qu'en Occident, qu'elle est un phénomène culturel et pas du tout astronomique. Il s'agirait plutôt de psychologie sur un fond d'inconscient collectif.
(Oui, j'ai lu Jung...) Peut-on parler d'inconscient culturel ?

Pour bien comprendre la suite, il faut se référer à la manière de procéder de l'Inconscient, qui n'utilise pas - du tout - les mêmes voies que le Conscient discursif qui va de l'analyse à la synthèse, puis de la synthèse à l'analyse. L'analyse consiste à déterminer ce qui, dans un élément, n'est pas semblable aux autres. Elle table sur la différence. Elle trie, coupe, dissèque et dissout. C'est un acide qui coupe les cheveux en quatre. La synthèse remet tout ensemble et agglomère, concrétise : elle précipite. Souvenons-nous bien de ce terme. C'est de lui que vient l'idée de chute des anges, par exemple, chute est en réalité une précipitation vers la matière, une synthèse. L'inconscient, lui, procède par analogie, c'est en ce sens qu'il est "rampant", il glisse d'un concept à un autre sans qu'on puisse réellement voir par où il passe. On aura compris que je parle du fameux serpent. (Soyez sages comme le serpent, dit le Texte)
(Lire Georg Groddeck : "Le livre du ça" et "L'art, la maladie et le symbole" )

Quelque chose, en nos époques, nous fait croire que l'analogie est une sorte de débilité infantile. Dans la mesure où l'époque est précisément axée sur l'analyse, la synthèse et la rationalisation, on peut le comprendre. Pourtant, toute notre histoire, je veux dire l'histoire de l'Humanité (Qui n'est, au fond que celle de la Pensée) est fondée sur l'analogie, qui est la véritable structure de notre univers. Une structure en Poupées Russes, chaque chose en contenant une autre analogiquement symétrique.

Est-ce que quelqu'un s'est demandé pourquoi Jupiter brandit une poignée d'éclairs ? Parce qu'il est le Dieu ( c'est à dire le Principe) de la Conscience Sociale. Parce que la conscience est une lumière qui jaillit entre deux éléments. C'est l'image même de la synapse entre les neurones. Nul doute que Jupiter soit chef de l'Olympe. Puisqu'il est le principe même de la connaissance. ( Idem pour Eurêka, représenté par une ampoule électrique)
Saturne, Dieu du temps ? Bien entendu. Il est précisément la précipitation synthétique qui mène à la pierre, qui solidifie mais aussi qui sclérose et enclôt. Il mange ses enfants...mais il laisse les os.

La connaissance des anciens repose entièrement sur ces analogies et ces paraboles. Il ne faut pas la regarder avec la raison. La raison est fille du siècle qui la crée. Elle dépend des moeurs et de l'époque. L'analogie est infiniment plus souple. Et plus dangereuse.