Georges Faget-Bénard
Peintre graphiste
A Londres



23 Ridgmount Gardens

 

 

 


Paris, 1955.

 

 

GILLES DE BEAUREGARD

Gilles de Beauregard
En 1965

Septembre 1964. Après avoir annoncé son départ pour New-York, Gary me donne rendez-vous le soir-même dans un club de King's road, sous-sol du restaurant "La casserole".
Je l'y attends lorsque Christian Freyburger, un ami peintre, me présente à un français de belle allure. Il a dans les trente-cinq ans, très vieille France, élégant...et aussi bavard que moi. Nous tombons littéralement l'un sur l'autre à bavasser interminablement sur tout et j'éprouve un plaisir incroyable à parler français, sans effort à faire, sans traduire au préalable, même si la plupart du temps, pour les choses simples, je pense en anglais.. De plus, l'animal est doté d'un esprit acéré, plein d'humour et de clins d'yeux. Il est drôle, vif, intelligent et m'amuse immédiatement. Cela semble réciproque.
Lorsque Gary arrive, quoiqu'un peu jaloux, il ne peut qu'être d'accord avec moi. Il se lie une vraie amitié entre nous trois, qui va demeurer au fil du temps. Et un peu plus entre eux.

Une fois revenu à Paris, le fil toujours aussi improbable de ma vie se poursuit qui me conduit au cours d'art dramatique de Catherine Brieux, puis au mariage. Pourtant les relations ne sont jamais rompues avec Gilles, que j'invite aux diverses Générales et aux vernissages. Ainsi, il apparait à la 70e représentation de "Hommes", puis sera systématiquement invité à toutes les manifestations qui me concernent jusqu'en 1979.

J'ignore alors qu'il va venir au premier plan à partir de 1985, avec la suite de l'épisode Théodore.

Les chaussures de Gilles

Né à Orléans le 20 août 1928, ce qui en fait un intersigne Lion-Vierge, nanti d'une solide éducation, Gilles Sourdeau de Beauregard n'est pas ambitieux de nature.
Du moins son ambition se résume à ce qu'on le laisse en paix et pour ce, il s'ingénie à partager son existence en divers compartiments étanches. Ceux-ci ne doivent en aucun cas déborder les uns sur les autres.
Vie familiale, vie professionnelle et vie privée n'ont aucune communication. Et s'il doit y avoir une connexion entre les divers compartiments, elle est sévèrement contrôlée.

Par conséquent il existe au moins trois versions du personnage : en famille il est un fils et un frère attentionné ainsi que l'oncle célibataire d'une famille ancestrale. Ce rôle existe par tradition : le célibataire peut aussi être curé, militaire ou colon à madagascar.
Parce qu'il a été élevé dans la tradition, Gilles est soucieux de la continuité et des règles du savoir vivre du monde tel qu'on lui a présenté. C'est un "ordre des choses" qu'il ne veut pas déranger, et son raisonnement se tient. Il n'est pas né pour changer le monde, mais pour s'y adapter sans se renier. Il n'est ni honteux ni fier de ce qu'il fait ni de ce qu'il est. Loin de lui l'idée d'une "Gay pride", tout comme une "Gay shame". Il n'a aucune place à revendiquer, aucun argument à faire valoir. Comme il n'a aucun besoin ni de s'excuser ni de s'expliquer, il laisse un vide salutaire autour de lui. Il est au centre de son monde, il s'en sait responssable et le gère comme on gère un Boing au décollage et à l'atterrissage : par la procédure appropriée.
Idem dans ce qu'il nomme son "occupation alimentaire". Professionnellement, il est responsable de la région nord pour une compagnie d'assurances. Là encore, même processus. Il fait vite et bien ce qui lui est demandé - cela lui prend généralement trois jours - puis il revient dans la capitale pour le troisième volet de sa personne, celui qui lui importe vraiment : ses amis.
Sa vie privée lui appartient, il la vit la nuit dans un monde de bars et de clubs avec un groupe fidèle dont, par exemple le dessinateur Copi, l'inénarable Pierre-Yves Guillen, le décorateur Victor Grandpierre ou, dans un autre registre, Pierre Lemoine conservateur en chef des musées du Château de Versailles, ce qui lui vaut quelques visites privées fastueuses dans l'enceinte ; l'écrivain-philosophe Guy Hockenghem, fondateur, en 1968, du mouvement FHAR, ou Didier Seux, alors âgé de vingt-cinq ans, psychiatre qui sera assassiné par un patient en 1984, homme d'un grand charisme. On comptera aussi, dans le groupe Jérôme Bungener, que sa famille banquière Suisse et protestante (H.S.P.) paye très largement pour qu'il ne s'occupe de rien dans la l'enceinte familiale. Ce à quoi il obéit scrupuleusement avec aisance et esprit. Ne dit-on pas de lui :" une dent dure pour un coeur tendre" ? Mais comme la vie a, elle aussi, de l'humour, elle confiera au frère ainé à qui on a laissé les rènes de tout dilapider par son incompétence.

Pierre-Yves Guillen

Copi
Copi

Philippe Eckert

Guy  Hockenghem
Guy Hockenghem

Guy
Didier Seux