Georges Faget-Bénard
Peintre graphiste


De retour sur la terre ferme, l'image du scarabée égyptien m'est ancrée dans la tête. Je le connais pourtant déjà très bien. Lors de mon séjour en Roumanie, je m'échappais souvent vers Istaboul où le Caire et passais des journées entières dans le Musée, à contempler les portraits du Fayoun ou les joyaux de Touthankhamon. Mais là, c'est différent. Je sens qu'il y a quelque chose à y découvrir. Un message qui parait essentiel.
De retour le 20 mars, il semble que la bulle se soit refermée. Je retrouve mon ami myopathe et sa boutique. Quelques travaux à y fignoler. Puis je me jette dans l'action : acheter immédiatement le matériel de moulage.
Je modèle un prototype en terre puis en tire un moule en élastomère, pour le multiplier en dix, vingt, cent exemplaires de porcelaine synthétique, que je décore chaque fois de manière différente ! En quelques jours Je deviens une vraie usine à scarabées ! De bouche à oreille, la chose se propage et je commence à les vendre. Quelques mois plus tard, je les livre au BHV, dans les boutiques ésotériques de Paris, puis ils sont distribués par correspondance dans une revue. Mais à présent j'en connais chaque minuscule détail. Il fait partie de moi totalement.

Penser avec ses mains, suivre un chemin millénaire, reconstruire, tiré par une étoile, un rêve pour tenter de comprendre. J'ai la sensation de contenir tout un passé. Un passé qui me dépasse, qui n'est peut-être même pas le mien - et d'ailleurs comment le serait-il ? Et pourtant, il est là. Parfois, lorsque je peins ou écris, je ne sais plus qui je suis. Peut-être un moine éperdu d'enluminures, un peintre en égypte, qui façonne une image dans le secret d'une tombe ? Où bien ce jeune homme nu en plein été qui va plonger dans l'Indre et sera décapité l'année suivante parce que c'est 1793 ? Un éclair, puis je reviens. Ha oui. Je suis "le" Faget et c'est 1982. J'habite rue des Épinettes deux pièces de 15 m2 - autant dire une cellule - et je peins des scarabées sans savoir pourquoi.



scarabée égyptien

Le témoin du coeur.
Ce scarabée était, pour les égyptiens, le témoin du coeur. On le posait sur la poitrine du défunt en gage de sincérité. Jusque là, je n'avais pas compris.
Un soir, un peu agacé par ce mystère, j'ai eu l'impulsion de faire une sculpture en terre. Sur un carré, une sorte de terrain boueux sur lequel j'ai posé un scarabée sans tête. Devant lui, un passage formé de deux allumettes. Au delà, il fallut poser sa tête. Et brutalement je compris pourquoi Saint Denis tenait sa tête sous son bras pour remonter le Montmartre : il faut mettre sa tête au niveau du coeur.

l'égypte

Je travaille sur le sujet, comme à mon habitude, avec toute la concentration possible. Je ne vis plus que pour produire mes scarabées. Du 24 mars au 27 avril sans une minute d'arrèt. Jusque là.