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VIVRE A PIGALLE
Daniele

Saxophoniste de Jazz né à Florence et arrivé en France en 1979, Daniele a vécu à peu près partout à Paris. 1er, 5e, 6e,11e, 15e arrondissement puis rue Lepic dans l'immeuble qu' habita jadis Mistinguett. Avant de venir s'installer au dessus du boulevard de Clichy, il n'avait jamais imaginé devoir rester à Paris. Mais depuis qu'il vit à Montmartre, dit-il, il va s'y résoudre.
"C'est, de tout ce que j'ai vu, l'endroit que je préfère" affirme-t'il avec son accent doux et calme. "C'est le seul lieu dans Paris qui soit resté village sans être franco-français, comme dans le 15e par exemple où personne ne te parle jamais. Ici, c'est international et multiculturel. On en voit de toutes les couleurs et de toutes les formes. Il y a une vraie vie de quartier. Oui, il y a les touristes mais ce n'est pas comme à la tour Eiffel avec des baraques à gaufres et à barbes à papa. Ici, les touristes se disent : "tiens, ce n'est pas qu'un décor : on vit aussi ici".
"Tout autour, rue Lepic, rue des Abbesses, rue des Martyrs, il y a des ruelles authentiques. Tu as le mec qui chante Tino Rossi dans sa camionnette. Le dimanche matin, tu croises Didier Bourdon un verre à la main qui fait ses courses. C'est un monde riche en diversité et tout se mélange. Un peu comme les maisons. Ici, sur le boulevard, tu as encore des immeubles chics surtout en face, sur le côté sud. Mais sur le versant nord, tout tient dans tout, passe par dessus tout. Tiens, regarde.."
Il m'emmène à la fenêtre de la salle de bain. "Tu vois ? Il y a des différences de niveaux du terrain qui sont incroyables. C'est pour ça que tout se fissure. C'est, comme vous dites, du bric dans du broc...". Il éclate de rire : " et du bric à brac. Les maisons se montent les unes sur les autres, il y a des ruelles secrètes qui tournent ici, reparaissent là, traversent des immeubles...Tu fais dix mètres hors du boulevard et tout est changé. Là, sur le coté gauche, tu peux voir l'entrée de la villa des Platanes. Tu la vois ?"

J'acquiesce. J'aimerais bien y faire un tour.

"...De l'autre côté, à droite, tu as la cité du Midi avec son bain-douche en briques de faïence, et des villas incroyables où ce ne sont pas que des riches. Des fois, ça se partage en plusieurs appartements tout petits habités par des vieilles qui sont là depuis une éternité."

"...Je ne me suis encore jamais ennuyé ici. Tout est là, tout échoue ici. Même les supporters de rugby, les écossais, les irlandais une bière à la main, tout le monde passe par là. Tiens, des fois, tout à coup, c'est le silence. C'est inquiétant. Tu regardes à la fenêtre et tu perçois un pffffffffff très doux : ce sont les rollers qui passent. Maintenant qu'ils sont en train de réaménager l'allée centrale les gens y flânent.

"..C'était trop sale avant. Le terre-plein du milieu fait qu'on ne passe plus sur les trottoirs où on se faisait harceler par les boites de sexes. Tiens, regarde en dessous, là, c'en est une".

"Tu vois l'arnaque ? C'est tout petit, il n'y a rien dedans. Un pain de béton sale...Voilà l'envers du décor. Et moi, j'aime bien les contrastes, toute cette vie. Maintenant, je sais que je suis piégé : je ne partirais plus. C'est comme ça..."
   
   
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suite : Françoise