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s de Claude N'Diaye
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Cette dernière photo conduit aux petites femmes de Pigalle, par Pietro.

 

PIGALLE, PARADIS DES GANGSTERS
par Pietro

L'historien Louis Chevalier avait donné à Pigalle le surnom de "Subure", le quartier mal famé de la Rome antique (cf. JM de la Heredia " Et tout ce que vomit Subure et l'Ergastule "). André Pousse, ancien champion cycliste devenu entrepreneur de show-biz et comédien, appelle l'endroit situé entre la Place Blanche et la rue Victor Massé " le chaudron du sexe et des malfrats ". Car si la prostitution fut longtemps son activité principale, Pigalle a aussi été le point de ralliement de la pègre, notamment à la sortie de la seconde Guerre Mondiale.


Verrière du Cercle de jeux de la rue Victor Massé

Le grand public en a découvert l'image à travers le cinéma : des films comme " Du Rififi chez les Hommes ", " Razzia sur la Schnouf " ou" Touchez pas au Grisbi " s'y déroulent en grande partie. Ce n'est pas la petite délinquance, mais le gros gibier qui niche là. Les beaux messieurs en costard de luxe, comme leurs voitures, mènent grande vie et se mêlent aux gens du spectacle mais ils n'hésitent pas à se salir les mains pour se faire respecter. Certains sont issus de la " carlingue ", une association de malfaiteurs qui ont aidé notamment la Gestapo pendant l'occupation. André Pousse n'hésite pas à charger un célèbre chanteur corse qu'il accuse d'avoir été " le prince des lieux ". Selon lui, Tino était appelé Tonio dans le milieu et fréquentait un bar de la rue Victor Massé dont le patron était associé à un membre de la carlingue, trafiquant l'or et les cartes d'alimentation (c'était au temps du rationnement). D'autres appartiennent à l'autre bord et ont fait de la résistance. Certains ont fait les deux : d'abord amis des allemands puis rejoignant la Résistance quand il n'y a plus d'espoir de l'autre côté. Tous se retrouvent au chômage à la fin de la guerre. C'est ainsi que va naître le Gang des Tractions Avant. Ces bandits modernes profitent en effet des progrès de la science et de la technique. Citroën vient de sortir cette nouvelle voiture très performante qu'est la XV CV. La police qui ne dispose pas de voitures aussi rapides ne peut jamais les rattraper. Ils ont beau jeu de braquer les banques, les bijouteries, les antiquaires et les convois de fonds.


Finir au bagne ?

Ils s'appellent Pierrot le Fou, Abel Danos, Georges Boucheseiche ou Jo Attia. Ce dernier connaîtra une fin tragique et sa fille sera agressée dans le bar appartenant à son père, bar qu'elle dirigeait rue Joseph de Maistre. Son barman sera abattu. Quant à Jo Boucheseiche, qui fut garde du corps de Jo Attia, il fut impliqué dans l'affaire Ben Barka, cet opposant au roi du Maroc assassiné à Paris sur ordre du Général Oufkir, chef de la police marocaine. Le gang des Tractions Avant occupa le devant de la scène pendant de longues années avant d'être démantelé en 1949. Les raisons de leur succès : une préparation minutieuse, une exécution rapide des coups et un repli dans une position sûre. Mais Pierrot le Fou devient décidément trop dangereux pour ses collègues qui s'éloignent de lui. Il doit continuer à travailler avec des voyous de seconde zone. En 1946, alors qu'il vient de braquer une bijouterie, il se tire malencontreusement une balle dans la vessie. Il ne survivra pas et ses acolytes l'enterrent dans un coin discret. Pendant trois ans encore, il demeurera l'Ennemi Public numéro 1 jusqu'à ce qu'on découvre son cadavre.


La tête de l'emploi ?

Dans les années 60, la criminalité se fait plus discrète. C'est la fin de la Guerre d'Algérie et des truands sont arrivés avec les " pieds noirs " exilés. On parle beaucoup d'un certain Marcantoni. Son nom sera évoqué plus tard dans l'affaire Markovic. Ce beau garçon, secrétaire d'Alain Delon, fut retrouvé assassiné. L'affaire ne fut jamais élucidée mais une odieuse conspiration fut menée contre le Premier Ministre d'alors Georges Pompidou. On accusait Markovic d'avoir organisé des " partouzes " auxquelles aurait participé Mme Pompidou. Il fallut plusieurs semaines pour que l'affaire fût éclaircie et la malheureuse en souffrit beaucoup.


Jean Genèt

C'est à cette époque que j'ai rencontré mon premier cadavre en sortant de chez moi. J'habitais alors boulevard de Rochechouart. L'homme venait de se faire flinguer au volant de sa voiture, au bord du trottoir, devant ma porte. L'affaire fut simplement qualifiée de "règlement de compte entre bandes rivales." Dans les années 70, Pigalle est devenu un lieu de rencontre entre tous les milieux, voyous, artistes et politiques.

Les Folies Pigalle ont été rachetées par Mme Martini, la Veuve du patron de divers cabarets et boîtes de nuit du quartier. Elle propose aux jeunes artistes de variétés de montrer leurs spectacles dans cette salle où se produisaient jadis des danseuses nues. Pigalle se refait une santé, pour ne pas dire une virginité. Mais les mauvaises manières persistent. Eric Yung, un flic de la Criminelle, devenu chroniqueur radio, en a gardé le souvenir. Un petit matin, à la terrasse du Bastos, sur la place Pigalle, son voisin de table, un truand, prend une balle en pleine tête. Il prend le temps de terminer son café et s'en va tranquillement avant l'arrivée des collègues.


La façade déglinguée du "Pigal's

Aujourd'hui, c'est la drogue qui marche le mieux à Pigalle et remplit les poches des trafiquants. On dit que le commerce est régi par une vieille dame, la Dame Blanche, que personne n'a jamais vue. Il y a de l'héroïne, mais aussi du crack. La vie serait-elle de plus en plus moche à Pigalle?


Pietro, ici en compagnie de Jean Renoir

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