Lilianne François Lilianne vue par Michèle Zeilig.

Pierre Loti
Pierre Loti

mariage







Oeuvres de Paskin


Matta

Max Ernst
Max Ernst



Dominguez
Dominguez

Kupka
Kupka

LILIANNE FRANCOIS
Une vie de Galerienne

 

Rien ne semble la prédisposer à la vie trépidante de Saint-Germain-des-prés.
Elle arrive au monde le 22 janvier 1913 dans le doux paysage de Saint-Pierre d'Oléron, face à la maison des grands parents de Pierre Loti, et joue dans le jardin où l'écrivain sera enterré dix ans plus tard.

3 ans
3 ans

 

4 ans
4 ans
6 ans
6 ans
8  ans
8 ans

Après divers mouvements familiaux qui l'emmènent à la Rochelle, dans le Cher puis à Paris et Montreuil-sous-Bois, elle est mariée à 17 ans et part pour Dakar sur le Foucault pour accompagner son mari, officier de marine agé de 27 ans. L'homme est plutôt doux pour un militaire, il est cultivé et se fait une haute idée de la France. Le couple vit 3 ans au Sénégal, part pour le sud Saharien, puis demeure deux ans en Tunisie. Dans ce paradis colonial, elle a un premier enfant en 1940, puis c'est la seconde guerre mondiale, son mari est fait prisonnier en allemagne jusqu'en 1946.

Le  Liauthey
Pendant ce temps, Lilianne trouve refuge à Fréjus, d'où elle est évacuée pour Briançon. C'est là qu'un camion militaire la percute et la coupe pratiquement en deux en l'écrasant contre les remparts. 10 mois d'hôpital, rééducation. Elle ne pèse plus que 30 kilos. Lorsque son mari la retrouve, elle n'est plus qu'un ectoplasme. Ils divorcent en 1947. En rééducation à Cannes, elle rencontre à la Galerie Suisse la Comtesse de Metz, modèle de Paskin. Comme elle doit survivre avec ses deux enfants, elle devient maquilleuse chez Harcourt puis rencontre Maurice François, son second amour.

La revoilà partie pour l'Afrique, à Pointe Noire, où elle se lance dans la décoration d'un hôtel. Elle réalise qu'elle veut s'occuper d'art..

Directeur d'escale

Son amour, qui ne sera jamais son mari, est directeur d'escale. Après la défaite des Anglais au Nigéria, ils rentrent à Paris. C'est 1955.

Maurice Francois
 

Laissons Lilianne poursuivre elle-même :

" Dans un des numéros du Figaro de 1959 une annonce parait dans la rubrique demadeurs d'emploi : Dame bien sous tous rapports, exellente instruction générale, parlant anglais...". C'est ainsi que je me suis lancée dans le monde du travail. Quelques jours plus tard, premier entretien d'embauche..
Question : que savez-vous faire ?
Réponse : tout et rien!
Engagée sur le champ.
Rien, car ce que je pourrais appeler ma première vie a été une vie de femme gâtée, choyée par ses deux maris dont un lui a fait deux enfants. Vie vécue en Afrique avec le luxe, les privilèges que l'on peut imaginer à l'époque des colonies dans les années d'avant-guerre. J'avais 18 ans. J'étais jeune. la guerre a mis fin à cette belle innocence.

Je ne savais toujours rien faire si ce n'est tout de même élever mes enfants. Mais un désir commençait à se manifester : c'était bien beau de m'intéresser à l'Art, j'avais bien sûr beaucoup lu, fréquenté des galeries, vu des expositions, visité des musées; maintenant l'envie d'entrer en contact avec le monde de l'art devenait pressante.
Paris après la guerre renaissait, les artistes revenaient de partout et avec eux la vie culturelle, intellectuelle et ses plaisirs...A la Coupole on pouvait voir et rencontrer les surréalistes : Max Ernst, Matta, Foujita, Dominguez...

 

"...46 ans! Le temps passait, il devenait urgent de se lancer. C'est à ce moment que j'ai passé l'annonce et changé de vie. D'abord bien modestement dans la société Foin qui vendait des anneaux des plus petits aux plus gros allant des rideaux aux bateaux. J'ai gravi quelques échelons en passant quelques mois au Reader's digest, puis encore d'autres à la maison Agry, sise rue de Castiglione, famille de graveurs héraldistes de père en fils depuis Charles X. Le destin m'y attendait et une nouvelle vie : ma deuxième vie. "

De fait, en 1962, Pierre Miquel et Suzanne Auliac lui proposent la gérance d'une galerie au 6, rue de Seine : Le Pavillon des Arts. C'est une adresse prestigieuse, à côté de l'Académie Française. La galerie est spécialisée dans les oeuvres du 19e siècle, ce qui n'enchante pas obligatoirement Lilianne. Elle préfère l'Art contemporain. Mais elle se lance, suit les cours d'été de l'école du Louvre, se renseigne, s'acquitte du rôle de femme de ménage, de secrétaire, fait des achats à Drouot, les ventes de province, prépare les expositions (Diaz de la Pena, Paul Huet, etc..) Les courtiers forment à l'époque un réseau très intense entre les particuliers et les galeries. Ils complètent sa formation. Grâce à eux, elle voit passer entre ses mains des oeuvres de Max Ernst, Foujita, Kupka. Le tout pendant 8 ans.

Rue de Seine

Malheureusement, en 1970, Suzanne Auliac, qui est devenue une véritable amie, meurt subitement et laisse Lilianne seule sur les premières marches de l'Art. En une nuit, elle décide de reprendre ses parts et d'acheter sa propre galerie. Elle y exposera les artistes de son choix.

" Ma vie de Galérienne commençait. Elle va durer trente ans. J'avais bien conscience du risque que je prenais, mais j'étais déjà connue dans le quartier. J'avais d'excellentes relations avec d'autres galeristes, comme Fisher et Fliess ( actuellement Galerie 1900-2000). Ils m'ont vraiment encouragée, voire même influencée. Je les en remercie vivement.
Le vernissage de la première exposition du 15 rue de Seine a lieu en juin 1972 et présente Jean-Pierre Raynaud. L'intérieur de la galerie les murs sont recouverts des feuillets d'un livre de l'artiste; en majesté, un unique et grand tableau dont le titre "Femme malade", augure mal de la suite, tant il m'a fallu une sacrée santé pour la suite de l'aventure...!"

Jean-Pierre Raynaud, né à Courbevoie le 20 avril 1939, est un plasticien .
Après son diplôme d'horticulture obtenu en 1958, il réalise des œuvres à partir de panneau de signalisation et de pots de fleur remplis de ciment. Ces derniers deviendront rapidement la marque de fabrique de l'artiste. Il est très vite appelé pour exposer aux quatre coins du monde.
En 1969 il commence à construire sa propre maison à la Celle Saint Cloud , qui sera sa principale œuvre d'art avant qu'il ne la détruise en 1993. Il en exposa ensuite les "morceaux" à Bordeaux
Il conceptualise le Mastaba en 1986, qu'il construit peu après à La Garenne-Colombes en proche banlieue. Cette fois-ci, il n'en vendra pas les morceaux, puisque le site a été racheté et connait des aménagements pour devenir un musée permanent.

Jean-Pierre Raynaud

Jean-Pierre Raynaud a exploré plusieurs domaines de l'art contemporain. Il a réalisé des sculptures, des installations, mais il a aussi aménagé des espaces culturels. On lui doit notamment le fameux Pot Doré sur le parvis du Centre Pompidou ainsi que les vitraux de l'abbaye de Noirlac.

A suivre..