PEINTRE A PIGALLE

La Place Pigalle occupe l’emplacement de l’ancienne barrière Montmartre du mur des Fermiers –Généraux. Le bâtiment édifié par Ledoux en 1772, de forme carrée et orné de colonnes vermiculées occupe jusqu’en 1862 l‘espace tenu actuellement par la pièce d’eau.
C’est autour de ce bassin que se tenait, jusqu’en 1913 environ,  la foire aux modèles.

Pour y voir clair, commençons par le commencement.

 

On notera, au centre du bloc d'immeubles situé en haut à droite un jardin central. Il s'agit d'un ancien couvent transformé en hospice.

L'espace vert est très grand et nous rappelle que Paris est truffé de ces jardins intérieurs couvés avec soin et qui font la joie de quelques privilégiés, pas tous richissimes.

L'entrée de cet ex-couvent se trouve rue des Martyrs, juste en face de chez Michou.

 


Vue de satellite, la place Pigalle.

 

Vue de Montmartre depuis les Porcherons

A la fin du règne de Louis XV, le théâtre est roi.
Au nord du château du Coq ( situé alors dans la rue Saint-Lazare actuelle), les stars de l’époque font des fortunes fulgurantes et se  font construire de somptueuses propriétés quand elles n’y installent pas leurs protégées. De 1739 à 1788, tout se décide là, la mode est là et part de là. Tout le terrain qui va de la rue Saint Lazare actuelle, de la gare à l’église de la Trinité jusqu’aux places Clichy et Blanche est parsemé de " folies", propriétés et villégiatures de la haute société, agrémentées de jardins extraordinaires. (D'où le nom "folies", feuilles).
Voir à ce sujet Les jardins Tivoli.

Mais Paris ne cesse de s’agrandir.
Plusieurs fois, il est interdit de construire des habitations en dehors des limites de la capitale. Une première fois en 1548, ensuite en 1627, 1633 et 1642. Lorsque les remparts sont détruits, on matérialise les limites par des bornes, mais les limites n’étant jamais respectées, il faut les déplacer encore en 1724, 1726, 1728 et 1765. Les fraudes étant faciles, les Fermiers Généraux obtiennent de Louis XVI le remplacement des bornes par une muraille continue qui, commandée en mai 1784 est achevée en 1787.

 

C’est ce fameux mur des Généraux haut de 3,30 mètres et 23 kilomètres de long qui tient alors Paris intra muros. Très impopulaire, il a aussi comme effet pervers de maintenir la population pauvre à l’écart. Les prix étant nettement moins élevés au delà puisque sans taxes.
Il y a par conséquent deux types de population dans ce lieu : les pauvres sur les flancs crayeux de la Butte Montmartre et les autres vers le centre et plus précisément vers ce qu’on appellera ensuite « La Nouvelle Athènes ».

Arrive la révolution.
La terreur fait fuir les propriétaires. La foule avide d'oublier la tourmente envahit les jardins et ruine l’ordonnance de ces grandes compositions boisées. Ils sont transformés en parc d’attractions, comme les trois Tivoli de la rue de Clichy.


Un des pavillons d'octroi construit par Ledoux
 
Démolition de la barrière des Martyrs

Après la Révolution, pendant le Directoire et la Restauration, la spéculation reprend de plus belle.
Napoléon III et Haussman repensent l'urbanisme. La Ville de Paris conclut un accord en 1826 avec les propriétaires des jardins Tivoli pour donner naissance au quartier de l’Europe.

Montmartre et sa célèbre Butte tient donc sa notoriété de cette absence de Taxe. Mais bien avant la construction du mur les moulins se transforment en « Guinguettes » du nom de la piquette qu’on y sert : le Guinguet. On vient déguster des galettes concotées par les meuniers et s'y encanailler en dansant.
Plusieurs générations d'artistes viennent s'installer ça et là dans ce qu'on appelle "le maquis". Puis les trois jardins Tivoli fermant les uns après les autres entre 1826 et 1842, toute une population de loisir se déplace.
Le Maquis est délogé des anciens jardins du Château des Brouillards pour laisser passer l’avenue Junot ; et lorsqu’on s’aperçoit que les travaux du Baron Haussman ont vidés les caisses, on décide de supprimer le mur pour augmenter le nombre de fiscalisés. Montmartre devient quartier de paris en 1860.

 

Le lieu n’est qu’au début de sa notoriété.
Pourtant, l’histoire de Montmartre n’est pas exactement celle de la place Pigalle . Du moins, il faut considérer le boulevard comme une vraie frontière. Avec ou sans mur. La population n'est pas du tout la même. Voyons cela de plus près


Alfred Renaudin : au loin l'exposition universelle 1900
 

Le contraste est grand de l'autre côté du boulevard de Rochechouart. Jusqu'en 1860 on peut le justifier par les prix des logements, mais autre chose se prépare. Pendant que les personnages en vogue s'illustrent dans les salons, prônant leurs oeuvres conventionnelles, la nouvelle génération s'annonce. La misère lui importe moins que l'idéal. Elle va renverser le monde artistique.

Après la chute du mur, à partir de 1860, on voit venir un groupe de jeunes gens qui prétendent au plein air : on les appellera les impressionnistes, par boutade.

Déjà, à la fin du XVIIIe siècle, Georges Michel, pionnier des peintres de Montmartre, est le premier à considérer le paysage en tant que sujet pictural et non en tant qu'élément décoratif ou illustratif de sujets religieux ou littéraires. En 1840, Jean-Baptiste Corot, peignant le moulin de la Galette, exécute le premier tableau inspiré par la Butte.


Le café de la Nouvelle Athènes

Après la guerre de 1870 et la tragédie de la Commune, le mouvement se développe autour de Manet, avec Monet, Pissarro, Sisley, Renoir, Degas, Berthe Morisot, Mary Cassat et Cézanne, qui en partira en 1877. Ils se réunissent à Montmartre dans différents cafés et ne choisissent plus leurs modèles dans la grande bourgeoisie, mais dans le petit peuple ce qui va bientôt occasionner le "marché des modèles" de la place Pigalle.

 

Le siècle se termine avec l'ouverture du Cabaret du Chat Noir en 1881 et celle du Moulin Rouge, en 1889 et que va venir hanter un nabot de génie nommé Toulouse Lautrec. Les Nabis, Bonnard, Vuillard , Denis, dans la mouvance de Gauguin ( qui habita le Maquis), se réunissent place Clichy et forment plus tard le groupe des peintres de la Revue Blanche.

 

 

Mais l'aventure ne s'arrête pas là : de 1903 à 1908, c'est le Fauvisme avec Derain, Vlaminck, Van Dongen, Raoul Dufy, Derain, Matisse, puis Modigliani, Picasso, Braque, Juan Gris....

Et aujourd'hui, quels talents s'y cachent ? A vous de découvrir....dans un prochain numéro.

 

 

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