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Couleur Leroux

Michel-Henry

Je fais connaissance des couleurs Leroux vers 1983 lors d'un stage chez le magnifique coloriste Michel-Henry qui les emploie quasi exclusivement. Comme je l'interroge, il me vante les qualités de cette fabrication et m'explique qu'il ne reste guère que trois fabricants français : Sennelier, Lefranc-Bourgeois et Leroux. (Peut-être y en a t'il que j'ignore ?)

Comme Michel me permet d'essayer les couleurs, je suis immédiatement frappé de l'éclat et la couvrance de ces peintures extra-fines. Je comprends pourquoi il n'est pas nécessaire d'avoir de gros tubes : le pigment est tellement concentré que très peu de pâte suffit pour étendre une belle surface. Mais comme lors de ce stage, où je prépare une expo en Californie, je travaille au couteau et au médium Flamand en gel, je ne mesure pas totalement les exceptionnelles couleurs.
Puis le temps passe avec son cortège d'évènements et j'oublie. Je fais comme tout le monde, je pare au plus pressé et me fournis sans grande considération pour la qualité, notant tout de même au passage les incroyables distances entre les diverses marques. Certaines n'hésitant pas à utiliser de très médiocres pigments qui surnagent dans un flot d'huile. D'autres - et non des moindres - ajoutent même une "charge" neutre ( du bouchon broyé, par exemple), pour faire du volume dans le tube - on pense aux dentifrices, pour la plupart au tiers vides.

.Ma boite
Ma boîte est une valise de couteaux. j'ai jeté les couteaux.

machine
Les cylindres de broyages

On apprend vite que la véritable économie est dans la qualité des produits. J'ai conservé de la boîte de mon père des couleurs qu'il utilisait dans les années soixante, comme par exemple le rouge de cadmium de Blockx. Intact, magnifique et couvrant. Un tube aussi cher dure tout de même toute une vie. (sinon deux (puisque je l'utilise encore).
On apprend également qu'il n'est pas nécessaire d'avoir des milliers de tubes. Sur l'image de gauche, qui représente ma sélection actuelle des Couleurs Leroux, il s'agit de les essayer toutes, afin de peaufiner mon avis en n'employant rien d'autre.

Alors, d'où vient Monsieur Leroux ?

Martial Leroux crée son entreprise en 1910 à Haumont, dans le Nord de la France. Il n'est pas satisfait de ce qu'on trouve alors ici et là, surtout depuis les impressionnistes qui donnent - malgré eux - l'idée à n'importe qui de pouvoir en faire autant. Comme pour tout, la vulgarisation crée un marché, les clients se satisfont de peu et vogue la galère.
Martial ne veut pas suivre la tendance. Il établit une recette simple basée sur l'exigence de la qualité de tous les produits : huile de lin exclusive, pigments purs de la plus haute qualité, un broyage parfait, une manutention soignée, attentive, dans l'esprit d'un artiste et non d'un homme d'affaires.
Inutile de dire que Martial - ni ses successeurs - n'ont eu l'esprit de profit qui mène à tous ces débordements.

Très vite remarqué pour la qualité de ses couleurs, par le jeu du bouche à oreille, l'établissement connaît un vif succès auprès des peintres, sans qu'il soit nécessaire de faire de la publicité ou un quelconque marketing.
Martial ne tient pas à ce que les couleurs Leroux soient commercialisées dans les boutiques spécialisées. Plus il y a d'intermédiaires, et plus les couleurs seront chères. Pour baisser les pris, il faudrait faire comme les autres : grappiller sur quelque chose. Chez Leroux, C'est l'artiste qui se déplace pour passer commande.

Martial passe ensuite le relai à sa fille, qui le passe elle-même à sa fille Agnès. Celle-ci initie son mari, Bruno, aux arcanes de la fabrication et de l'esprit Leroux. C'est lui qui transfère l'établissement dans l'Yonne en 1976, dans un ancien moulin.

L'entrée

La gamme
Le nuancier.

La fidélité sans faille aux principes établis par l'aïeul explique aussi la fidélité des clients, tous professionnels. Bruno Laporte, l'époux d'Agnès Martial conduit l'entreprise jusqu'en 1996, avec le même respect sans jamais céder ni à l'industrialisation, ni au profit.
La production est ainsi volontairement limitée.

Le moment de la retraite venu, Bruno Laporte admet qu'il faille un successeur. Mais dans une époque comme la nôtre, vendre la manufacture à n'importe qui serait l'assurance d'une déliquescence. Il fuit donc les industriels et les opportunistes. il ne reste pas grand monde.
Arrive le miracle.
Marcel Reynaud
Marcel peint.
 

Il a trente huit ans. Il est peintre. Il ne peut peindre qu'avec les couleurs Leroux, qu'il trouve "les meilleures du monde".
"Un jour d'avril 1996, Marcel débarque dans l'Aillantais. Sans le sou, il ne peut garnir sa boîte de la précieuse peinture. Il a quitté son atelier grenoblois avec le fol espoir que Bruno Laporte, le propriétaire d'alors, acceptera un échange : des tubes Leroux contre quelques toiles signées Reynaud. Le troc ne se fait pas mais l'artiste en peine regagnera ses Alpes natales nanti d'une mission divine : poursuivre la fabrication dans le respect de la tradition."

Cependant, Bruno écoute le jeune peintre, se laisse séduire par par sa passion. ils ont la même conception de la qualité, du respect des recettes du vert oxyde de chrome, du rouge de pouzzoles et du bleu milori. Il faut à présent trouver les financiers et apprendre le métier. La chose est faite courant 97 et, le 1er janvier 1998, Marcel est dans la place, aidé des trois fidèles employées.

L'atelier
Les pigments en containers


Le travail soigneux du broyage

 


Peser juste dans la balance


Pourrait remplir les saucisses


..mais c'est pour remplir les tubes

Je suis en train de terminer une première toile entièrement et exclusivement peinte avec les couleurs Leroux. C'est en effet magnifique. La gamme est très classique et sans fioritures mais d'une qualité exemplaire. Le bleu Milori, qui m'était jusqu'ici inconnu est une sorte de turquoise lumineuse magnifique. Le rouge de cadmium est tout à fait dans l'esprit de celui que fabriquait Blockx. On sent que Leroux n'est pas prêt de délocaliser, ni à faire fabriquer ses couleurs en Chine (suivez mon regard). Bref, pour ma part je vais m'en tenir à cette manufacture qui, puisqu'elle n'a pas de boutique sur les champs Élysées, pratique les mêmes prix qu'ailleurs pour une qualité bien supérieure.
Mais chut : gardons le secret. Trop de succès tue la poule.




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Des pigments d'une grande qualité