CHAPITRE 4 : Fançais et Parisien à la fois
Prologue
 


Georges Picard



Le premier Maurice Picard






Edmond devant le café







Ada Pellegrini mode 1925


Bruno Perotti






Simone et son frère Robert au printemps 1924,

Marcel Picard, qu'on surnomme "pèpète" meurt, à l'âge de vingt-huit ans. La famille n'aime pas parler de Pèpète. Cela se comprend. On ne peut pas exhiber un tel fils, doublement honteux. D'abord parce qu'il est débile, ensuite parce qu'il expie la faute de son père. Comment Eugène traite-t-il l'information ? On ne le sait pas. Il préfère oublier que Pèpète existe. Celui-ci est pensionnaire à Villejuif, dans un hospice. On ne le sort que trois fois en vingt-huit ans et chaque fois, c'est la panique. Il ne reconnaît que sa mère, hurle dès qu'il voit son père, on dirait qu'il veut lui sauter dessus. On croit que c'est parce qu'il a vu son père battre sa mère. C'est possible, la chose étant fréquente. Repris une fois à Saint-Denis, il s'échappe et on le retrouve dans la station du métro, à la porte de la Chapelle, sur les rails. A sa mort, les condoléances affluent. " C'est terrible, dit-on, mais c'est mieux comme ça. Le pauvre, il devait tellement soufrir ".


Georges, Robert et Agnès (Robert , 13 ans, est déjà plus grand que son père)

La vie s'organise à la "maisonnette, avec des aménagements spéciaux de lits pliants. Georges s'est acheté un nouveau vélo et va tous les jours à Paris, rue des Dames où il travaille à présent, et rentre le soir pour se mettre à bricoler ou entretenir le jardin. Chacun développe son univers. Lui la mécanique et le bricolage, elle s'occupe des enfants, mais aussi, dans la foulée, de ceux des autres. Elle instaure à cet endroit une ère de gaieté et d'affection qui compensera, finalement largement, les lacunes de son mari. Ils paraissent ainsi trouver un équilibre.


Ils vivent à quatre dans 30m2, sans aucun confort ni intimité

Georges répète à l'envi qu'il ne veut pas d'autre enfant. Pour que cela ne se réalise pas, il faudrait agir en conséquence. Apparemment, personne ne sait comment éviter la chose. Agnès est enceinte une troisième fois fin 1924. Il y a à ce sujet une grande dispute, mais aucune solution, puisqu'il faudrait avoir recours à l'avortement et que la chose est impensable pour les époux. Elle accouche en septembre 1925, chez ses parents, au 309, d'un garçon qu'on appelle Maurice en souvenir de son oncle disparu à Douaumont. (trois Maurice dans la famille : trois morts. Trois Paulette chez les Bénard = trois mortes)

L'enfant se révèle vite fragile et tombe malade six mois plus tard. Le médecin, appelé, laisse entendre qu'il s'agit d'une grave maladie des intestins. Agnès doit l'emporter, dans une couverture, à l'hôpital Bretonneau, par le bus. Quand elle y parvient, on se rend compte que le bébé est mort pendant le voyage. Agnès est prostrée, dans le hall, serrant son enfant mort dans ses bras. On veut le lui prendre. Elle refuse qu'on lui enlève. Elle se dresse et, brutalement, s'enfuit. Elle refait tout le chemin en sens inverse, en autobus, avec le petit cadavre enroulé dans la couverture et revient chez elle. L'enfant sera enterré trois jours plus tard, au cimetière de Saint-Denis, minuscule tombe blanche à la grille argentée, orné d'un un ange de biscuit au pagne bleu, trônant sur la stèle.


Agnès en 1925

La France de 1925 réitère celle de 1900. L'époque n'est plus "belle ", elle est "folle ". On se précipite à la Revue Nègre où Joséphine Baker fait scandale. L'affiche du spectacle clame : Une chanteuse qui n'a pas la voix blanche ! Serge Lifar, dans les ballets Russes de Diaghilev, lui, enchante. A New York, on enterre Rudolph Valentino en s'évanouissant (probablement en apprenant qu'il n'aimait pas les femmes !) Le surréalisme naît du Dadaïsme avec André Breton, Paul Eluard, Louis Aragon. Les travaux de Freud, tout comme ceux de Marx commencent à circuler parmi les intellectuels. " L'école de Paris " rassemble des peintres d'origine internationale : espagnols, comme Picasso, Hollandais comme van Dongen, Italiens comme Modigliani, Russes comme Chagall, et Japonais, comme Foujita. C'est vrai aussi en musique avec Schönberg, Arthur Honegger, Darius Milhaud, Georges Auric, Francis Poulenc, Maurice Ravel, Albert Roussel. En architecture c'est le suisse Le Corbusier qui domine la tendance. Le cinéma français, omniprésent sur le marché avant 1914 est à présent écrasé par la guerre et la concurrence américaine, même si les films sont encore muets. Maurice Chevalier triomphe au Casino de Paris. Monsieur Gaumont invente le cinéma parlant. Coiffures et vêtements "à la garçonne " promulguent une nouvelle image de la femme : elle danse le charleston et fume des cigarettes de tabac blond au bout d'un mince et long tuyau de corne.

Tout cela parvient à Villiers-le-Bel par le truchement de celle qu'à présent on appelle "la tante Ada ", la soeur d'Agnès. La créature s'en donne à coeur joie, entre sa collection d'escarpins et le bal musette, elle profite de ses magnifiques trente ans, séduisant tout le monde dans son sillage. On se demande comment elle fait pour ne jamais être enceinte. C'est parce qu'elle vit dit-elle. Au printemps 1930, Ada offre à sa mère Teresa un voyage en Italie, afin qu'elle puisse revoir ses soeurs. L'émotion est grande. Pendant tout un mois que dure l'absence de sa femme, Pepino ne mange que des spaghetti, mais ne pense à aucun moment à descendre la poubelle. Les paquets vides sont restés sur le sol de la cuisine quand Teresa revient.

Elle revient d'ailleurs avec Bruno, son neveu, magnifique hidalgo de vingt-cinq ans. Il est menuisier, mais commence par faire le serveur chez Ray Ventura.

Le 21 septembre 1932, le Figaro titre, au chapitre "société " : L'école, unique facteur de dépopulation : " En déchristianisant les coeurs, en désorganisant la famille, la révolution a porté un premier coup à la natalité. Notre système successoral, le partage forcé des héritages, l'excès des impôts, les atteintes constantes au droit de propriété, ont encore diminué les naissances. Une nouvelle cause de découragement pour les pères de famille : la mise en pratique d'un des articles les plus odieux du catéchisme collectiviste, celui qui arrache aux parents le droit d'élever leurs enfants pour en confier le soin à l'état. Que de Français renonceront à avoir des enfants plutôt que de les voir bolchevisés par les soins de M. de Monzie !"

En 1933, Georges entreprend de faire construire la maison du 37 route de Paris.
Bruno vient confectionner les parquets et les escaliers. Il s'agit d'une modeste bâtisse sur une cave à demi enterrée, servant de buanderie ; de deux pièces où l'on accède par un escalier extérieur: une cuisine qui sert de salle à manger et une chambre, puis, par un escalier intérieur, on parvient, sous le toit, à la chambre des enfants, éclairée par une fenêtre. La famille y emménage en juillet 1934. Georges et Agnes ont 33 ans, Simone 14 et Robert 11.

En 1939, Bruno Perotti qui, entre temps s'est marié, s'envole vers les états Unis avec son épouse. On ne le reverra pas