Second Life
Darcy Mokeev
second life

Second Life

Lorsqu'on parle de Second Life, la première réflexion qu'on entend , sur un ton négligent, est :
- " bof, ce n'est que du virtuel !".
J'ai dit quelque part que pour moi le football n'était pas réel, mais seulement le déclancheur qui me fait couper la télé. Je comprends à la limite que le foot soit réel pour les footballeurs, mais il s'agit plutôt d'une guerre virtuelle, reglementée de sorte à ce qu'il n'y ait pas de morts mais seulement des vaincus.

Il faut donc s'entendre sur ce qu'est le virtuel par rapport au réel.

Selon la définition de Denis Berthier: "Est virtuel ce qui, sans être réel a, avec force et de manière pleinement actuelle (c-à-d non potentielle) les qualités (propriétés, qualia) du réel."

C'est déjà plus clair. Le foot et Second life sont à égalité !

Mais même cette définition pêche. Car ce qui nous est réel n'est pas obligatoirement matériel, bien au contraire. La culture n'est pas à confondre avec un livre ( qui lui, est matériel, fait de papier et d'encre, parfois de cuir en surface). Mais sa véritable valeur n'est absolument pas matérielle. Elle n'apparaitra jamais si on ne sait pas lire. En d'autres termes : le contenu de la lecture est à actualiser. Tant que le livre n'est pas imprimé, tant qu'on ne sait pas lire, il restera virtuel - inexistant, potentiel pour le lecteur qui, lui, restera potentiel.

Cette définition du virtuel est basée sur l'étymologie (du latin virtus -vertu-), ainsi que sur les usages techniques du terme dans des expressions comme image virtuelle, réalité virtuelle , "environnement virtuel", etc.

Le prototype du virtuel en ce sens est le reflet dans un miroir. En effet, le reflet d'un objet est déjà là, que je sois présent ou non pour le percevoir ; il n'est pas en attente d'une quelconque actualisation. (apparition due à ma présence)

Dans cette conception, on comprend que d'un objet virtuel, non réel mais pleinement actuel, puissent être issus des effets réels (comme les rayons réfléchis qui nous aveuglent), de sorte que la perception qu'on en a et toute notre relation à lui sont bien réelles, tout comme le sont (dans le champ visuel) celle du reflet ou (dans le champ auditif) celle d'un son virtuel. On comprend ainsi que l'on puisse recourir à la réalité virtuelle pour soigner des phobies. L'image de la chose n'est pas la chose, certes, mais elle n'en possède pas moins sa réalité, qui peut n'être que psychologique...ou artistique.

L'importance significative de cette définition est le fait qu'elle met l'accent sur le virtuel comme expérience réelle et actuelle mais médiatisée par une interface, un objet technique : Un ordinateur ou un piano ou n'importe quel instrument de musique sous les doigts du virtuose et du débutant, et même le stylo d'un écrivain !!
Nous devons donc admettre que le virtuel puisse etre réel (il l'est de fait, il existe bel et bien et c'est une réalité tangible, éprouvable, tout comme le football, un film ou une pièce de théâtre, un livre qu'on lit passionnément).

Second Life est un métaverse parmi d'autres. Il n'est pas le seul. Il est le premier a avoir été expérimenté.


En fait, Second Life, comme tous les autres métaverses ne serait qu'un désert vide et nul sans les milliers de créateurs qui s'y sont précipités. Ce monde dit virtuel est une aubaine pour les créatifs et les imaginatifs rebutés par le totalitarisme financier du monde "Réel". On ne le découvre qu'après. Au début on visite en touriste sans jamais réaliser que, comme dans la première vie, tout ce qu'on voit ( et même qu'on ne voit pas) a été imaginé, pensé et réalisé par quelqu'un.(on y pense, mais on ne réalise pas vraiment)
Rien n'est issu du néant, par la vertu de soi-même. On comprend qu'il en est ici comme de là. De ce fait, notre regard sur le réel en est transformé et plus rien ne peut plus être banal.
Ce monde, comme tous les mondes, sera à l'image de ceux qui le font.

Oui. Je sais. Le monde réel est aussi à l'image de ceux qui le font, mais ce n'est pas pareil. Dans le monde "Réel" on arrive dans un environnement déjà construit, où des milliards de créateurs de tous poils et de toutes tendances ont déjà rempli l'espace et le temps de leurs propres fantasmes sous toutes les formes possibles. Formes que nous prenons pour des réalités puisqu'elles sont déjà là. Nous oublions que nos conceptions tant morales que esthétiques ont été forgées par des philosophes, chercheurs, artistes, architectes, peintres, sculpteurs, messies et conducteurs d'humanité. Tout ce que nous tenons pour Réel est en vérité issu d'imaginaires particuliers devenus collectifs, de vues de l'esprit, de fantasmes parfois irrationnels, de craintes irraisonnées ou très raisonnables, toutes choses qui ont précipité les peuples dans des guerres infernales aussi bien que dans des civilisations de commerce et d'échanges culturels. Et qu'est donc la culture sinon un ensemble de connaissances et d'observations particulières portées au collectif qui les admet (et souvent les défend farouchement) comme des vérités ?
Lorsqu'on vient au monde dit "Réel", on ne voit pas que tout est déjà pensé pour nous. On n'imagine pas que cet ensemble de considérations constitue une image du monde quasi gravée dans le bonze mais qui n'a cependant pas plus de réalité que celle, totalement différente, du voisin qui est cependant considérée comme aussi réelle par lui. Il s'en suit que la définition du réel devient : "est réel ce que nous considérons comme tel". Exactement comme tous les peuples, à toutes les époques et sous toutes les latitudes, chacun avec son explication, sa vision du monde, sa conception de la réalité. Est-ce que nous ne confondrions pas, dans nos idées, réalité et matérialité ?

De fait oui, toujours. Même si, fondamentalement, nous savons que la matière est en premier lieu une énergie organiée en atomes puis en structures.

Autre monde
Je crois que tout le problème est là.

Brulant
Bref. C'est un sujet brûlant....

 

suite